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puce La lettre à mon père (le 26/12/2006 à 13h58)

Le 25/12/2006,

 

Papa,

 

Je ne savais pas que ça se faisait d’écrire à un mort mais une amie m’a conseillé de le faire et de te dire tout ce que j’aurais envie de te dire si tu étais toujours là pour m’entendre. Alors voilà, je m’y mets!

C’est drôle, à peine je commence et les larmes me viennent déjà toutes seules. Pourtant je n’ai encore aucune idée de ce que je vais te dire. Sûrement l’idée que tu peux vraiment écouter ce que je te dis.

On m’a conseillé d’écrire cette lettre, de ne surtout pas la relire et de la cacher pendant des semaines, voir des mois, jusqu’à l’avoir pratiquement oubliée et quand ce sera le cas de la relire. On m’a conseillé de faire la même chose avec Maman et mon ex femme que tu n’as pas eu la chance de connaître. C’était vraiment quelqu’un de bien tu sais.

Il parait qu’en relisant ces lettres qu’aucun des destinataires ne recevra, je devrais trouver une bonne partie des réponses à toutes les questions que je me pose depuis si longtemps et m’aider à comprendre pourquoi j’ai raté la première partie de ma vie. Comme j’approche à grands pas de la quarantaine, on peut même dire la première moitié. Aujourd’hui le temps presse. Je me refuse à connaître une deuxième moitié de la même veine. J’ai envie de savoir à quoi ressemble le bonheur.

Donc je me lance dans la rédaction de ces lettres en espèrant qu’elles vont m’aider. Je les cacherai sur mon blog. C’est la meilleure cachette étant donné que je ne relis jamais ce que j’y ai écrit où alors très longtemps après.

Tu ne sait pas ce qu’est un blog? C’est pas grave. Tu ne sais même pas ce qu’est internet, ni même les portables, ni même qu’on peut avoir un ordinateur chez soi. En vingt-quatre ans, énormément de choses ont changé. Remarque, vingt-quatre ans avant ma naissance c’était bien encore la deuxième guerre mondiale. Vu comme ça c’était avant-hier, vu que la cérémonie de tes obsèques c’est comme si c’était hier.

Je me rappelle que tu me mettais en garde contre la montée du nationalisme, bien que tu sois de droite -politiquement on serait pas copains toi et moi- Tu me disais que maintenant qu’on avait vu ce qu’Hitler avait fait, on ne laisserait jamais arriver au pouvoir un homme comme lui. Pourtant c’est passé très près en 2002. Les Français ont la mémoire courte et l’histoire les intéresse peu. Si ça arrive, ça ne sera pas faute de les avoir prévenus. Moi souvent quand j’observe les gens aujourd’hui j’essaie de m’imaginer quel rôle ils auraient eu pendant l’occupation. Et je peux t’assurer que des collabos et des professionnels du marché noir il y en a un paquet. Par contre des résistants,………M’enfin! Ce n’est pas l’objet de cette lettre.

L’objet de cette lettre c’est que je vais mal aujourd’hui, très mal même et je pense que tu as bien aidé à ce que ce soit le cas. C’est bizarre! Il y’a encore un mois je ne t’aurais pratiquement pas incriminé. Je faisais presque tout reposer sur le dos de Maman et sur ma culpabilité de ne pas avoir su faire en sorte que tu ne fasses pas ce que tu as fait ce fameux 3 Février.

Mais là, depuis peu, j’ai pris conscience, puis admis que ta mort avait été un soulagement pour moi. Je ne sais pas si c’est à cause de ça que je n’ai pas réussi à pleurer quand j’ai su, puis pendant les jours qui ont suivi. Mais en fait tu faisais planer une sacré menace sur toute la famille depuis trois ou quatre ans.

Ce jour là tu m’avais donné deux informations coup sur coup. Je devais avoir huit ou neuf ans. Tu m’avais dit que si un jour tu te suicidais, tu ne ferais pas comme ta sœur G. Tu ne préviendrai personne avant pour qu’on vienne te secourir à temps et tu te réussirai du premier coup. Pour cela, tu ne te suiciderai pas aux somnifères mais d’une balle entre les deux yeux. Je m’en rappelle très bien. En entendant ça je regardais ta carabine accrochée au mur.

Puis en suivant tu m’avais dit que tu ne partirai pas seul. Que si Maman continuait à te menacer de te quitter et de partir vivre loin de Strasbourg, tu saurais nous retrouver puis nous tuer tous, d’abord elle puis nous tes enfants ensuite, avant de retourner l’arme contre toi.

Je te sentais parfaitement capable de ça.

Alors quand on m’a dit que c’était fini pour toi, j’avais beau essayer de m’interdire de penser ça et j’avais beau essayer de pleurer, tout l’inverse se produisait.

J’avais honte de moi, je me sentais un fils indigne d’être ainsi incapable de libérer mon émotion.

Quand j’y repense aujourd’hui, presque vingt-cinq ans après, je me dis que c’était normal.

Tu te rends compte un peu de ce que tu faisais peser sur nous? Sur moi surtout d’ailleurs. J’étais le seul à le savoir que tu voulais tous nous tuer.

Pourtant, cette menace ne m’a jamais empêché de t’aimer.

Deux semaines avant ta mort, après une dispute avec Maman, j’ai rempli un sac de vêtements. J’avais l’intention de partir vivre chez toi. En stop! J’étais vraiment en colère contre elle ce jour là.

Bien sur ce voyage en stop n’aurait jamais eu lieu ou bien je ne serais pas allé bien loin. Un jeune adolescent de treize ans qui traverse la France en Stop avec la complicité des adultes ça ne s’est jamais vu. Ou alors il aurait fallu que je sois un ado rusé et c’était loin d’être mon cas. J’étais plutôt du genre à me faire piquer dès qu’on me posait des questions, en aillant une attitude plus que coupable, même lorsque ça n’était pas moi qui avait fait le coup. Combien de fois mes cousins m’ont fait engueuler à leur place? Combien de coup de bâton tu m’as donné à cause d’eux?

N’empêche qu’au moment de tenter cette fugue je savais que j’avais l’age pour choisir avec lequel de toi ou Maman je voulais vivre. Après chaque dispute avec Maman c’était clairement toi et je réagissais si violemment contre elle je crois parce que je lui en voulais qu’on ait quitté Strasbourg malgré ton hospitalisation.

Pour moi, dans mon esprit en tous cas, après ton accident je ne t’ai plus jamais considéré comme dangereux. Enfin! Ce n’est pas tout à fait vrai.

Quand on est venus passer une dizaines de jours aux vacances de Pâques 1981, tu m’as donné quelques signes d’inquiétude. Tu roulais à nouveau vite en voiture, tu rebuvais beaucoup trop et surtout un jour, de colère, tu as enfermé ma petite sœur de quatre ans dans ta cave, lumière éteinte. Elle hurlait de terreur et toi tu la laissait comme ça. Je crois bien que c’est la seule fois de ma vie où je me suis révolté contre toi avec l’aide de mon autre sœur. On t’a tellement harcelé que tu as fini par nous autoriser à rouvrir la porte. Elle avait bien du rester vingt minutes dans le noir comme ça.

Mais justement, le fait que tu ais cédé ce jour là, le fait que tu ne te sois plus montré violent contre moi, ta tristesse chaque soir quand tu me parlais de ton manque de Maman et de nous, le fait que tu sois diminué à cause des séquelles de ton accident,………Tous ces éléments m’inspiraient plutôt confiance en toi.

Malgré tout cette menace de mort proférée quelques années plus tôt me hantait souvent. A la limite mon retour avec toi pouvait peut être régler le problème. Si tu te sentais moins seul tu serais moins triste forcément!

Alors bien sur quand j’ai appris ton décès, cette envie de fugue m’est revenue en pleine figure et je me suis dit que si j’étais vraiment parti pour venir chez toi, tu serais toujours vivant.

Après, les années passant, j’ai oublié ma peur de ta menace et je n’ai gardé que le sentiment de culpabilité. Culpabilité pour moi mais aussi pour ma mère à qui j’en voulais de m’avoir retenu.

Aujourd’hui je pense qu’elle a bien fait même si je me répète, je ne serais jamais arrivé jusqu’à chez toi.

Et puis je ne t’aurais empêché de rien du tout.

Tu étais déjà triste avant même d’avoir eu ton accident, juste à l’idée qu’on allait partir pour Bordeaux.

Mais je comprends que cette idée t’ait été insupportable. moi-même aujourd’hui je me dis souvent que je ne suis pas à ma place dans cette ville où j’ai fini de grandir. C’est ici à Bordeaux que j’ai passé le plus d’années de ma vie mais je ne me sens toujours pas intégré dans cette ville. J’ai fait quelques recherches généalogiques il y a trois ans et j’ai découvert que nous sommes Nés à Strasbourg de père en fils depuis au moins cinq générations. Ma ville c’est Strasbourg et je retournerai probablement y vivre un jour, mais j’attendrai pour cela que mes enfants soient autonomes quoi qu’il arrive. Je ne leur infligerai pas ce que ma mère m’a fait subir. Je ne me l’infligerai pas à moi non plus. Il est hors de question que je me contente de voir mes enfants quelques semaines par an à plusieurs mois d’intervalle.

En attendant je vais me mettre à y aller de temps en temps. Je veux revoir O. ta sœur, la seule qui reste. G. a fait comme toi. Elle a fini par réussir son coup. Sa fille I. s’est quant à elle réussie du premier coup à l’age de 30 ans, aux somnifères. Encore plus jeune que toi! Record à battre?

Quand je suis parti de Strasbourg en 1980 j’y ai laissé deux grands parents, un père, deux tantes, sept cousins et cousines et une petite cousine. Aujourd’hui il reste une tante, plus que cinq cousins et cousines et toujours la petite cousine qui avait à l’époque six ans et en a trente et un aujourd’hui.

Aux dernières nouvelles il y’a trois ans, plus personne ne se parlait, que ce soit les enfants avec les parents, entre frères et sœurs ou entre cousins, les ponts étaient coupés de toutes parts. Quel désastre cette famille!

Moi je n’ai revu personne sauf à ton enterrement et celui de Mamama en 1989. Entre les deux ont est allés la voir elle une ou deux fois et la deuxième fois elle commençait à perdre la tête. Mais il y avait vraiment de quoi. Là pauvre! Perdre un mari et son plus jeune enfant à peine plus d’un mois d’intervalle. D’ailleurs à l’heure où je t’écris cette lettre, ça fait vingt-cinq ans jour pour jour que ton père est mort.

Je me dis souvent que c’est sa disparition qui t’a coûté le plus. Quelle idée aussi. Mourir un jour de Noël après s’être fait hospitalisé la veille au moment ou tu t’apprêtais à quitter l’hôpital pour fêter Noël en famille.

Je sais que ton père était ton idole comme tu as été la mienne. J’aimerais bien savoir s’il t’a donné autant de coup que toi tu m’en as donné. Je sais très bien que les coups ne remettent aucunement en cause l’amour que l’on porte à quelqu’un. J’en suis un convaincu total. Je me souviens très bien de ta phrase fétiche, « qui aime bien, châtie bien ». Ce n’est pas parce que je ne remet pas en cause le fait que quelqu’un de violent aime quand même sa victime que j’approuve cette phrase, bien au contraire.

Le problème de la violence c’est qu’elle devient une référence pour celui qui la reçoit et c’est lui qui devient un jour le bourreau. Personnellement je me suis fait très peur en réalisant de quelle façon je me comportais avec les animaux. J’ai été extrêmement brutal avec des vaches, des cochons ou encore des chiens et des chats. Puis après je me haïssais de ne pas avoir su m’empêcher de faire ça. Quand j’ai vu mon chien ramper par terre en tremblant rien qu’à entendre ma voix s’élever, même quand ça faisait des semaines que je n’avais pas levé la main sur lui, j’ai compris tout le processus. A plus forte raison quand je l’ai vu uriner sous lui.

Je n’ai plus donné de coups à mon chien au moins dix ans avant qu’il meure et pourtant jusqu’à la fin il a tremblé devant moi chaque fois que je haussais la voix.

Moi aussi petit je me faisais pipi dessus quand je te voyais chercher ton bâton. Ce qui faisait d’ailleurs redoubler ta colère et à moi ma terreur de ta réaction en le voyant. Je sentais que ça venait et j’essayais de me retenir mais rien à faire. Finalement quand tu cognais je me lâchais totalement et ma vessie se vidait entièrement. C’est bizarre ce que je raconte là hein? Mais ça ressemble exactement à ce qui se passe quand on fait l’amour à une femme et qu’on ne peut pas se retenir.

Il y’a un truc étonnant aussi dans la violence. Plus la victime se plaint, plus on à envie de la taper. Tu te souviens quand tu me disais en frappant encore plus fort: « Tiens! Au moins tu sauras pourquoi tu pleures! » ? Puis finalement tu me lâchais quand je n’avais quasiment plus de réactions. J’ai fait pareil avec mon chien.

Heureusement que j’ai eu un chien avant les enfants. Il m’a permis de prendre conscience que ce que je faisais était très grave. J’ai vu son incapacité à se défendre, j’ai vu ses yeux suppliants ou implorants, comme tu veux mais aussi de la surprise de réaliser que quelqu’un qui semblait tant l’aimer puisse lui faire autant de mal tout d’un coup. Et malgré tout, tous les soirs quand je rentrais il me faisait la fête à n’en plus finir parce que j’étais son maître et qu’à ce titre il me vénérait.

Moi aussi je te vénérais malgré tout et tu étais le père le plus merveilleux qui soit pour moi. A aucun moment je n’ai remis en cause l’amour que j’avais pour toi. J’avais juste peur de toi comme ce n’est pas permis et cette peur engendrait un comportement craintif partout où j’allais. Que ce soit de ton vivant où après, je n’ai pas passé une seule année scolaire sans être le souffre douleur des classes dans lesquelles je suis passé.

Il y’en avait toujours un pour se rendre compte dès le début de l’année que j’étais le « moins fort », celui sur lequel tout était permis. On pouvait me taper pour le plaisir, ou encore me menacer de me taper si je ne donnais pas ceci où cela, ce qui me faisait tomber dans un cercle infernal parce que bien sur il me manquait sans cesse des affaires que j’avais données pour ne pas être tapé. Du coup, la raclée évitée à l’école je la prenais à la maison.

Quand j’y repense à l’école, je vivais vraiment un enfer chaque année. Parce que quand on commence à se prendre des raclées à l’école on a forcément tout le monde contre soi. Les autres se mettent toujours du côté des forts et non seulement ça mais il y a les filles aussi. Qui admirent les filles? Les forts à la bagarre ou les forts en classe. Moi je n’étais fort à rien.

Les bagarres se passaient toujours plus ou moins de la même manière. Dès que je sentais venir la menace je me recroquevillais. Jamais je n’ai cherché à me défendre bien que toi tu m’ais souvent vivement incité à le faire en me grondant. Je me recroquevillais donc, offrant le moins de surface possible à mon adversaire, mes collant contre un mur quand c’était possible pour offrir encore moins de surface aux coups puis petit à petit je me laissais glisser vers le sol ou je me retrouvais tout replié sur moi-même n’offrant plus que mon dos. Ca finissait toujours par s’arrêter au bout d’un moment.

Mais combien de fois tu m’as collé une seconde raclée à la maison parce que j’avais les vêtements abîmés ou salis à cause de ces bagarres.

J’ai eu deux enfants dont tu aurais probablement été très fier d’être le grand père mais je peux t’assurer que s’il leur est arrivé de prendre quelques claques, et encore très rarement, jamais je n’ai eu un comportement violent avec eux qui puisse leur inspirer de la terreur. Je n’ai pas envie d’avoir des enfants qui ont peur de moi et je n’ai surtout pas envie qu’ils souffrent. De la même manière à l’école je guette les moindres signes de violence contre eux et j’essaie de les mettre en garde contre ça. En même temps je ne suis pas trop inquiet parce que je sais que la violence que moi j’ai subi à l’école était due à mon comportement basé sur la crainte de l’autre. Cette crainte de l’autre c’est toi qui me l’a donnée. Il suffisait donc que je ne me comporte pas avec eux comme toi avec moi. Je crois que c’est à peu près réussi. J’ai deux enfants qui ont une bonne dose de confiance en eux parce qu’avec leur mère on a fait en sorte qu’ils puissent s’exprimer librement. Avec nous ce n’était pas « quand les grands parlent les petits se taisent ». S’ils ont une question à poser on s’arrête de parler entre grands et on les écoute et on essaie de leur répondre. Bien sur parfois on est un peu excédés comme tout le monde et on les envoie un peu sous les roses. Ca peut arriver à l’occasion mais on a essayé de faire en sorte de ne surtout pas reproduire toute la rigueur du schéma éducatif que j’ai reçu de toi et Maman même si je suis convaincu qu’il y’a beaucoup de bon dans ce que vous m’avez enseigné. Disons qu’il y’a un juste milieu entre ce que vous m’avez fait subir et le « tout est permis » auxquels certains laissent la part belle. Aujourd’hui il n’est pas rare de voir des parents dominés par leurs enfants. Tu n’aurais jamais supporté de voir ça et je ne le supporte pas non plus. Les enfants ont besoin d’autorité et de règles. Mais ils n’ont pas forcément besoin d’être battus.

Tu vois? Encore aujourd’hui, comme je suis assez nerveux en voiture, il m’arrive de klaxonner ou de faire des gestes déplacés aux autres conducteurs. Il est arrivés que certains descendent et viennent me demander quel était mon problème. Je peux te dire que je n’en menais pas large. Tout ça pour te dire que dès que je sens la moindre menace de violence qui pèse sur moi, encore aujourd’hui, à 38 ans, je suis terrifié. Je tremble de partout, j’ai peur,…. Je n’ai aucune aptitude à me défendre. Il n’y a qu’une seule fois où je me suis rebellé. C’était en première. J’étais interne au lycée agricole et je dormais dans un dortoir de huit. Tous les soirs j’étais victime des quolibets des autres. Même mon meilleur copain de l’époque riait parfois de ce qu’ils disaient sur moi. C’était entre autre des railleries sur le fait que j’étais le seul à ne pas avoir de « meuf » comme ils disaient. Très poétique comme terme pour parler de quelqu’un qu’on aime mais peu importe.

Parmi les huit il y’avait celui réputé le plus « balaise ». Une vraie terreur. Il était de toutes les bagarres aux sorties de bals en Charente. Il nous racontait aussi souvent des choses extraordinaires faites avec tout un tas de filles alors qu’un certain nombre d’entre nous étions encore puceaux.

Et bien ce gars là, un soir où je n’ai plus supporté ses railleries, plus supporté qu’il m’humilie devant tout le monde sur mon infériorité supposée mais réelle, plus supporté d’être réputé un moins que rien à cause de lui, je lui ai sauté dessus. Je me suis probablement ramassé plus de coups que j’en ai donnés mais c’est la seule fois où j’ai vraiment laissé mon cœur s’exprimer. J’ai donné tout ce que j’avais. Je pleurais en même temps mais je m’en fichais. Je ne crois pas qu’il y’ait eu un vainqueur ce soir là. C’est les autres qui nous ont séparés. Je suis allé me coucher, lui aussi. Après j’ai été tranquille jusqu’à la fin de l’année. L’année suivante aussi mais j’ai pris une chambre de trois dans laquelle j’étais avec mes meilleurs copains alors forcément on était biens.

Malgré cette seule et unique révolte, je suis incapable de dire si je serais encore capable de rendre des coups au lieu d’attendre qu’on finisse de me les donner. Alors quand on se montre agressif avec moi j’ai peur.

Une des parade que j’ai trouvée pour qu’on arrête de m’en donner est d’arrêter d’avoir l’air trop gentil. Les adultes autour de moi me disaient sans cesse que j’étais trop gentil et qu’il fallait que j’arrête de tout accepter des autres. Il fallait que je sache dire non, que j’ai l’air un peu plus dur. Je n’ai fait que ce qu’on m’a dit de faire. Mais c’est vrai que c’était efficace On me tapait de moins en moins puis même plus du tout. Le problème c’est qu’on ne me parlait plus non plus. Je me suis fait un air tellement dur, je me suis tellement replié sur moi que je me suis rendu totalement inaccessible aux autres. Aujourd’hui j’essaie de renverser la tendance. Ca fait un an et demi que je m’y essaie mais c’est extrêmement compliqué.

Encore quand je buvais, l’alcool m’aidait à aller vers les autres quand j’en avais un peu trop dans le sang. Mais là aussi ce n’était qu’une illusion. Dès que quelqu’un s’approchait de moi pour me parler quand j’étais dans mon état normal, j’étais fuyant, je répondais par monosyllabes, je faisais tout en fait pour ne pas paraître trop aimable. Surtout ne pas montrer ma vraie nature pour ne pas passer pour un con et pour ne pas qu’on abuse de moi.

Je montre de moi l’opposé de ce que je suis réellement à cause de ce que tu m’as fait.

Il faut dire aussi que ma mère a tout fait pour ne pas que j’ai une bonne image de toi. Elle m’a promis que je deviendrai un minable comme toi. Elle m’a dit que Toi tu étais peut être un minable mais au moins tu n’étais pas un fainéant un jour ou je n’avais pas envie de bêcher le jardin. Chaque fois qu’elle parlait de toi ou presque c’était pour dire du mal. Elle m’a même dit que tu étais un mauvais coup au lit, qu’elle espérait que je ne serai pas comme toi avec les femmes. Coureur de jupons mais ne faisant preuve d’aucune tendresse. Aucun préliminaire avec toi. Ca durait une minute et hop c’était fini. Ben moi c’est pareil.

Pas coureur de jupons du tout mais aussi rapide. Par contre je suis très préliminaires. Je ne supporte pas l’idée qu’une femme puisse ne pas avoir de plaisir à cause de moi et je me sais incapable de lui en donner d’une autre manière que par les préliminaires.

Je ne sais pas Qui de toi ou Maman est responsable de cela. Plus haut je t’ai parlé du fait d’uriner à cause de la peur, mais c’est vrai que Maman m’a mis la pression aussi en supposant que j’allais devenir un mauvais amant puisque j’étais comme toi. Ton portrait craché. Un minable, un alcoolique, un mauvais coup au lit, un violent,……..ah oui! La violence elle le savait à cause du mal que je faisais à M. ma sœur. C’était moi qui t’idéalisais mais d’après Maman c’était elle qui avait tous tes bons côtés. Elle admettait donc que tu en avais quand même. Elle avait ton assurance, ton côté artistique pour la peinture et la musique,…….ton intelligence même. Parce que tu n’étais pas devenu un minable par manque d’intelligence mais par facilité. C’était tellement plus facile de devenir apprenti à quatorze ans que de faire des études. Tu le sais bien toi que pour Maman seule la culture avait de la valeur. Les qualités manuelles des gens importaient peu.

Il se trouve que M était la seule a bien travailler en classe. Elle avait des facilités mais en plus elle s’en servait. Moi aussi j’avais des facilités puisque je réussissais toujours à redresser la barre au bon moment. Mais quand je me suis orienté vers l’agriculture au lieu d’aller vers une filière plus classique, imagine un peu l’humiliation que ça a été pour elle. Qu’Est-ce qu’elle allait pouvoir dire à sa sœur et son frère dont les filles étaient toutes premières de leur classe? J’étais la honte de la famille. Elle n’oserait plus me montrer.

Bon stop! Je suis pas là pour parler de Maman. J’ai une lettre à lui écrire à elle pour ça.

C’était juste pour dire qu’avec ma sœur M, c’était la haine la plus totale. Elle était sur un piédestal et j’étais la honte de la famille. Heureusement qu’elle l’avait elle pour rattraper les autres.

Déjà petit j’avais du mal avec elle alors en grandissant,……… Dès que Maman avait le dos tourné je lui tapais dessus. Une fois en me fuyant elle s’est enfermée dans sa chambre et j’ai donné un coup de pied dans sa porte tellement fort que j’ai troué la porte. Plus d’une fois elle a eu des bleus à cause de moi. Ceci dit, elle ne se laissait pas faire. Elle savait se défendre. Ca ne m’excuse pas pour autant.

Dans mon esprit aujourd’hui il est évident que je lui faisais payer son statut de favorite en plus de m’avoir privé en naissant de mon statut d’enfant unique. Et je lui faisais aussi payer de jouer de ses privilèges en me narguant. Elle adorait faire valoir que Maman avait dit telle ou telle chose qui la mettait en valeur alors que moi je n’étais qu’un minable. C’est Maman qui l’avait dit alors c’était forcément vrai!!!

J’ arrive à la fin de cette lettre et je m’aperçois que je ne t’ai même pas parlé de la façon dont j’ai vécu les fois où je t’ai vu cogner Maman. Le summum a été la fois ou tu as arraché la barre de fer du four de la cuisine et ou tu l’as cognée avec ça. Ce n’était plus des gémissement ou des cris qu’elle poussait mais carrément des grognements à la fin et même des râles. Je ne sais pas si tu te rendais compte de ta force mais tu aurais probablement pu nous tuer elle et moi.

Maman m’a raconté qu’une fois tu m’as envoyé valser d’un coup de pied depuis le milieu de ma chambre jusqu’à la porte qui communiquait avec la votre. J’ai décollé sur deux mètres et j’avais deux ou trois ans. Je ne m’en souviens pas et Maman a un sens de l’exagération très développé mais il doit y avoir une part de vrai là dedans comme dans tout ce qu’elle dit. T’étais un peu fou hein quand même!

T’avais un grain comme elle dit.

Elle m’a tellement promis que je tournerai comme toi que j’ai tout fait pour ne pas te ressembler. Il y’avait quelques points critiques surtout comme la conduite en voiture, la cigarette et l’alcool. Professionnellement j’ai commencé par le même métier que celui dans lequel tu as fini. Il fallait vite que je fasse mieux pour lui prouver à elle de quoi j’étais capable. J’ai changé de grade au bout de dix mois et au bout de dix ans j’ai atteint le grade qu’elle avait atteint elle en partant à la retraite. Pourtant elle avait eu son bac ELLE. Et c’était une très bonne élève en classe ELLE.

Professionnellement donc j’ai prouvé que je n’étais pas un minable comme toi. Je te rassure moi je ne t’ai jamais pris pour un minable et j’ai beaucoup de respect pour les travailleurs manuels. Je les trouve même plus utiles que beaucoup de gens dits intellectuels. Tu as commencé ta carrière comme peintre en bâtiments et tu te débrouillais comme un chef en maçonnerie. Sincèrement tu serais installé à ton compte aujourd’hui comme maçon, travailleur comme tu l’étais, tu serais loin d’être un minable. Maman n’a jamais été très douée pour valoriser les gens.

Je suis tombé très jeune dans la cigarette, à 16 ans et c’était un signe supplémentaire que je suivais ton chemin, Je suis tombé dans la violence avec les animaux j’en ai parlé plus haut, la première année après mon permis je collectionnais les accidents en voiture, il n’y a que pour l’alcool que je semblais être à l’abri. Je n’aimais pas trop ça.

Finalement en voiture j’ai appris de mes erreurs et je suis aujourd’hui un conducteur avec 50% de bonus, ce qui je pense ne t’es jamais arrivé. Il fallait que tu négocie avec les assureurs pour qu’ils te gardent ou qu’un autre te prenne quand l’un ne voulait plus de toi.

Pour la cigarette j’ai fait plusieurs tentatives d’arrêt qui se sont toutes soldées par des échecs mais une nouvelle est en cours depuis deux mois et demi. Et j’y crois.

L’alcool finalement je suis tombé dedans quand même et c’est en prenant conscience du fait qu’à travers lui je prenais vraiment le même chemin que toi que j’ai décidé d’arrêter. Ca fait dix mois aujourd’hui que je n’en ai pas pris une goutte.

Parce que comme toi mon couple a fini par battre de l’aile. Le problème du mien c’est qu’il battait de l’aile dès le départ mais que par peur de trop te ressembler et de suivre ton chemin, je me suis voilé la face pendant 16 ans. J’aimais bien ma femme et elle m’aimait bien aussi. Ca ne voulait pas dire qu’on était amoureux l’un de l’autre. On a quand même eu deux magnifiques enfants et rien que pour eux je ne regrette pas d’avoir passé tout ce temps avec elle. Au moins je n’étais pas seul. Mais je ne regrette pas non plus que nous ayons fini par nous séparer. Ca m’a permis de reprendre ma vie en main même si j’ai plus souvent l’impression de subir tout ce qui m’arrive que d’en être acteur. Je pense que c’est aussi l’image que je donne extérieurement Pourtant, lorsque je t’écris une lettre comme celle là, quand je cogite à longueur de temps à chercher des réponses aux milliards de questions que je me pose je n’ai pas l’impression de ne pas être acteur de ma résurrection. Mais en attendant qu’Est-ce que c’est dur! Que la solitude est pesante! Que l’envie de renoncer à tout est présente certains jours! Et les sentiment que je n’y arriverai jamais? Tu crois qu’il est pas présent celui là?

Voilà! Je vais arrêter là cette lettre. Je ne sais pas si je t’en écrirai d’autres. J’espère ne pas avoir oublié de te dire trop de choses. Je n’ai rien relu à part les deux dernières lignes chaque fois que je m’arrêtais d’écrire pour reprendre quelques heures plus tard. Je considère donc que j’ai respecté la consigne presque à la lettre.

Ca m’a fait du bien de t’écrire même si c’était un peu dur émotionnellement par moments. Si c’était à refaire je le referais.

Je veux que tu saches que je t’en veux d’être celui que tu m’as fait devenir mais ça ne m’empêchera jamais de t’aimer très fort. J’espère qu’il y a un monde ailleurs pour qu’un jour on puisse reparler de tout ça calmement tous les deux. J’espère aussi que si tu me vois d’où tu es tu es fier de moi parce que je t’assure que malgré les difficultés je fais de mon mieux, mais je fais avec les armes que j’ai et quelques unes sont un peu hors d’état.

Je t’embrasse.

Ton fils

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